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J'ai lancé GrandpaCAD en avril 2025 pour une seule raison : mon grand-père adore l'impression 3D et déteste les logiciels de modélisation. Lui voulait fabriquer des choses, pas chercher où se cachait le bouton d'extrusion. Dix-huit mois plus tard, la question qu'on me pose le plus souvent n'a pas changé : est-ce que l'IA sait vraiment faire de la CAO, ou est-ce que ça reste une démo ?
Voici ma réponse, sans langue de bois. Je fais vivre un outil de génération 3D au quotidien, je passe chaque nouveau modèle de pointe au banc d'essai et je lis toutes les générations ratées. Ce qui marche, ce qui ne marche pas, et ce qui a bougé depuis la précédente version de cet article. C'était en octobre 2025, et j'écrivais alors que GrandpaCAD savait faire « peut-être 1 % de la CAO ».
Quand on débat de CAO par IA, on mélange presque toujours deux choses qui n'ont rien à voir.
D'un côté, les pièces cotées : équerres, boîtiers, brides, bocaux filetés, bref tout ce qui doit mesurer 40 mm quand on a demandé 40 mm, avec des trous qui tombent pile en face de ceux de la pièce voisine. Ici, l'IA ne modélise rien elle-même. Elle écrit du code (OpenSCAD, CadQuery, build123d, Blender Python), et c'est un noyau de CAO qui le compile en géométrie. Le modèle de langage joue l'ingénieur ; le noyau, lui, garantit les cotes.
De l'autre, les formes organiques : figurines, bustes, animaux, tout ce qu'on décrit par son allure plutôt que par ses dimensions. Vous pourrez écrire autant de code que vous voudrez, vous n'obtiendrez jamais un chien crédible. Ces formes-là sortent d'une tout autre famille de modèles : on part d'une image, générée ou fournie, et un modèle de reconstruction en tire un maillage.
En général, les outils du secteur choisissent leur camp. Zoo transforme du texte en CAO sur un vrai noyau, tandis que Sloyd et les services qui tirent un maillage d'une image produisent des assets façon jeu vidéo. GrandpaCAD fait les deux, dans le même chat. Et depuis septembre 2026, l'agent sait les combiner : une tête de chien sculptée sur un bouchon de bouteille paramétrique, où le filetage tombe juste et où le chien ressemble à un chien.

Je ne me fie pas à mes impressions sur le sujet, alors je mesure. Chaque modification de l'agent passe par une batterie de 23 scénarios : des pièces demandées en un seul message, des retouches sur plusieurs échanges, des changements de paramètres et quelques prompts organiques. Tout est rejoué dans le vrai agent du chat, avec les vrais outils de CAO. Chaque génération est d'abord soumise à des vérifications automatiques (un fichier est-il sorti, pour quel coût, en combien de temps, avec combien d'erreurs de code ?), puis je la note moi-même, à la main. Le détail est dans l'article sur la méthode, et chaque run est public sur la page des évaluations.
Le modèle par défaut, en ce moment, c'est GPT-6.1 Sol. Lors du dernier run, il a sorti un modèle exploitable dans les 23 scénarios et réussi 91 vérifications sur 106. Sur toute la batterie, son code n'a planté qu'une fois, et je lui ai mis 0,75 en fidélité à la demande, sur une échelle de 0 à 1. En moyenne, un modèle terminé m'a coûté environ 0,13 $ et a pris une centaine de secondes.
| Ce que vous demandez | Ce que ça donne en 2026 |
|---|---|
| Une pièce cotée (« une bride de 100 mm avec six trous de 10 mm sur un cercle de 70 mm ») | Fiable. C'est le pain quotidien de l'outil, et chaque cote revient sous forme de curseur, que vous réglez sans consommer de génération. |
| Des composants standard (« écrou M4 prisonnier », « insert à chaud », « rainure de profilé 2020 », « poulie GT2 ») | Fiable. Pour chaque moteur, l'agent charge sa bibliothèque de pièces : vis, écrous, inserts, moteurs pas à pas et circuits imprimés chez NopSCADlib, filetages et engrenages chez BOSL2. L'aide-mémoire en est la version lisible par un humain, le catalogue de tout ce que vous pouvez demander. |
| Ajustements et tolérances (« ajustement serré pour un roulement de 8 mm ») | Bon, avec la réserve habituelle : le dernier dixième de millimètre, c'est votre imprimante qui le décide. Demandez un jeu et l'agent applique les valeurs standard. |
| À partir d'une photo, d'un croquis ou d'un plan | Bon pour les plans et les croquis cotés, qui deviennent des pièces paramétriques. La photo d'un objet, elle, donne un maillage sculpté. Tout est expliqué dans l'article consacré aux images. |
| Figurines, animaux, bustes | Nettement mieux qu'il y a un an. Environ 8 modèles sculptés sur 10 passent au trancheur sans réparation, contre à peu près 4 sur 10 avant le moteur de septembre 2026. Le multicolore sort déjà découpé pour un AMS. |
| Retouches au fil de la conversation (« ajoute un couvercle », « épaissis les parois de 2 mm ») | Bon. L'agent garde les paramètres et le code de l'étape précédente, et ne touche qu'à ce que vous avez demandé. |
| Rigging et animation | En alpha. Ça fonctionne sur les personnages générés en T-pose ou en A-pose, et les os portent des noms génériques. |
Une précision : dans ce tableau, « fiable » veut dire réussi du premier coup la plupart du temps, et au deuxième essai presque toujours. Avant de vous remettre le fichier, l'agent 2.0 fait un rendu de la pièce, l'examine sous plusieurs angles et corrige ce qui cloche. À lui seul, ce changement a fait passer plus de scénarios de « presque » à « oui » que n'importe quel changement de modèle.

Autant que vous l'appreniez de moi plutôt qu'au bout de trois générations.
Demande vague, pièce au premier degré. GPT-6.1 Sol monte des assemblages bien plus complexes que tout ce qu'on faisait tourner avant, mais « un organiseur de bureau sympa » vous reviendra sous la forme d'une boîte à compartiments. Dites ce que vous voulez. L'article sur le passage à GPT-6.1 Sol montre des prompts avant et après.
Le raisonnement spatial sur plusieurs échanges reste le point faible. Le scénario que les modèles ratent le plus souvent, c'est un support de téléphone peaufiné en quatre messages. Chaque étape tient la route, mais mises bout à bout, elles font dériver la pièce. Si une pièce est partie de travers deux fois, ouvrez un nouveau chat avec la description complète plutôt que de rafistoler.
Les maillages sculptés n'ont pas d'arêtes vives. Le moteur organique travaille sur un champ de voxels, si bien que sur une pièce de 100 mm, un angle vif prend un rayon d'environ 0,3 mm. Sur une figurine, ça ne se voit pas. Sur une équerre, c'est faux, et c'est bien pour ça que l'agent refuse d'en sculpter une.
Vous récupérez un maillage, pas un arbre de construction. GrandpaCAD exporte en 3MF, STL, OBJ et GLB. Les paramètres restent modifiables dans GrandpaCAD, mais impossible d'ouvrir le résultat dans Fusion ou FreeCAD pour retoucher l'esquisse d'origine. Si votre métier exige des fichiers STEP et un bureau d'études, ce n'est pas encore l'outil qu'il vous faut. Zoo s'en approche davantage.
Les squelettes sont génériques. Les os s'appellent bone_0, bone_1, sans doigts ni visage. Le passage au squelette Mixamo se fait à la main.
Le moteur derrière le chat a changé quatre fois, et à chaque fois, c'est la batterie d'évaluations qui a tranché, pas mes goûts.

Le modèle de langage par défaut a changé tout aussi souvent : GPT-5, puis Gemini 3, Gemini 3.1, Opus 4.7, Gemini 3.6 Flash, Gemini 3.7 Flash et aujourd'hui GPT-6.1 Sol. Chaque changement a été dicté par mes benchmarks, qui ont contredit les classements publics à chaque fois, sans exception.
En 2025, j'écrivais que GrandpaCAD était fait pour les grands débutants, et pour personne d'autre. C'était vrai à l'époque. Aujourd'hui, c'est en dessous de la vérité.
C'est pour vous si vous avez une imprimante, une pièce précise en tête, et aucune envie d'apprendre la CAO pour l'obtenir. Ça reste le cœur de cible, et ça reste mon grand-père. C'est aussi pour vous si vous avez une imprimante et que vous voulez une figurine de votre chien en trois couleurs. Et depuis septembre, ça vaut aussi pour ceux qui créent des accessoires de jeu vidéo et des assets pour le rendu 3D. Ça, je ne l'avais pas prévu du tout, et il se trouve que tout tourne sur le même moteur.
Ce n'est pas pour l'ingénieur mécanique à qui il faut du STEP, du tolérancement géométrique et un historique des révisions. Les intéressés le savent déjà, et je préfère le dire franchement plutôt que de leur faire gaspiller leurs générations gratuites.
Le modèle sous le capot change tous les deux ou trois mois, et chaque remplacement a amélioré le produit sans que j'aie eu à lever le petit doigt. Je ne vois pas pourquoi ça s'arrêterait. Moi, je m'occupe de ce que les modèles ne régleront pas à ma place : un agent qui examine son propre travail de plus près, un moteur organique qui garde les arêtes, et un aide-mémoire qui s'enrichit chaque fois qu'on demande une pièce qu'il ne connaissait pas.
L'objectif n'a pas bougé : un réplicateur dans l'atelier de mon grand-père. En 2025, je parlais de « versions rudimentaires d'ici 5 à 10 ans ». Je ne touche pas à ce chiffre. Mais la première moitié du chemin, décrire un objet et le tenir en main une heure plus tard, c'est ce que je fais presque tous les soirs maintenant.